1975. À l’école, la blouse réglementaire fait encore la loi dans certaines régions, ailleurs elle a déjà disparu. Les cartables, véritables cubes de cuir, pèsent lourd sur les épaules des enfants, chargés de cahiers et… de quelques billes clandestines ou osselets bien cachés. Interdits officiellement, mais tolérés à la récréation si personne ne fait de vagues.
Les distributeurs de boissons, eux, semblent prendre un malin plaisir à coincer la monnaie : la pièce de cinq francs glisse, puis bloque, déclenchant des conciliabules entre élèves pour tenter de la récupérer discrètement. À l’heure du goûter, les habitudes varient d’une famille à l’autre. Ici, c’est pain-beurre-chocolat ; là, tartines de confiture maison. Les snacks industriels, eux, pointent à peine le bout de leur sachet, ils ne deviendront omniprésents que plus tard.
À quoi ressemblait une journée d’enfant dans les années 70 ?
Le matin débute sous le signe du réveil mécanique : parfois un chant d’oiseau, parfois le grésillement d’une radio posée sur la table de nuit. Les enfants enfilent sabots ou baskets, avalent un bol de chocolat chaud et filent vers l’école. Pas de téléphone, pas de GPS, aucune messagerie instantanée : la route se fait à pied, souvent sur plusieurs kilomètres, main dans la main avec les copains du quartier ou du village. Le décor ? Champs, ruelles désertes, chiens assoupis sur le seuil.
À l’école, la journée s’organise autour d’une unique classe, parfois multi-niveaux, animée par un instituteur qui connaît chaque élève par son prénom. Tableaux noirs, craies poussiéreuses, plumiers en bois, tout l’attirail de l’époque. Les bruits du poêle à charbon, le crissement des plumes sur le papier rythment la matinée. L’autorité s’exerce parfois à coups de règle sur les doigts ou d’humiliations publiques : bonnet d’âne, réprimandes devant la classe. Mais la récréation, véritable bouffée d’air, balaie tout sur son passage. Billes, marelle, osselets, corde à sauter : la cour devient terrain de liberté, sans trop de surveillance ni d’interdits.
L’après-midi reprend avec dictées, calculs sur boulier, récitations de morale. Les bons points font rêver, certains s’échangent un dessin contre une bille gagnée à la récré. Dans la France rurale, obtenir le certificat d’études reste un passage marquant avant le grand saut vers le collège. Sur le chemin du retour, le goûter attend : tartines beurrées, copeaux de chocolat, confitures maison. Les parents laissent les enfants vagabonder, les surveillant d’un œil lointain, loin de l’inquiétude contemporaine. Les souvenirs, eux, s’immortalisent sur quelques photos en noir et blanc, témoins silencieux d’une époque à jamais disparue.
Jeux de cour, goûters d’antan et petites anecdotes qui font sourire
La récréation se joue dans un rectangle de bitume, au milieu des cris et des rires. Sur le sol, une marelle tracée à la craie, cordes à sauter qui claquent, poches remplies de billes prêtes à rouler. Les osselets passent de main en main, chacun tente d’enchaîner les figures. Les champions collectionnent les bons points, d’autres espèrent décrocher une image à échanger. Le cahier de texte et les stylos-plumes attendent dans le cartable, mais c’est dehors que l’aventure se joue, sous le regard distrait de l’instituteur.
Quand sonne l’heure du goûter, la scène se déplace à la maison : tartines de pain beurré, copeaux de chocolat, confiture maison. Oubliés les snacks industriels, chaque produit vient du placard ou du jardin familial. Le moment du goûter devient un rituel, rythmé par des verres Duralex aux reflets colorés ; le chiffre gravé au fond déclenche les rires et les défis. Un vrai marqueur de l’enfance, celui qu’on n’efface pas.
Quelques anecdotes glanées au Musée de l’école, Monastier-sur-Gazeille
Voici quelques souvenirs transmis lors des visites et expositions du musée :
- La dictée à la plume, les doigts couverts d’encre, surtout lors des reconstitutions en costume d’époque.
- Le boulier pour apprendre à compter, les leçons de morale du matin, et le fameux bonnet d’âne pour les plus distraits.
- Une salle remplie de plumiers gravés, de blouses impeccablement amidonnées, et d’anciens jouets vintage rassemblés par Philippe Cerdan et Marianne Petit.
Les voix de Yolande, Martine, Odile ou Roger résonnent encore dans les allées du musée. À cette époque-là, le Rubik’s Cube n’avait même pas encore coloré les poches des élèves. Les souvenirs, eux, restent vifs, prêts à ressurgir à la simple évocation d’une marelle ou d’un cahier à spirale.


