Un débat qui divise les amoureux du tricot de chaussettes : faut-il préférer les talons courts ou la version à rabat et gousset ? Les avis s’affrontent, parfois férocement.
Ce billet s’attarde aujourd’hui sur la technique du talon à rabat et à soufflet, une méthode qui a longtemps eu la cote parmi les adeptes du tricot à la main.
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Retour sur la tradition du talon à rabat et à soufflet
Le talon à rabat et à soufflet incarne la tradition pure : pendant des générations, c’était la façon de faire, la base de la plupart des chaussettes tricotées à la main. Cette méthode s’est pourtant fait détrôner, pour diverses raisons. Premièrement, elle rebute par sa complexité apparente : certains la jugent plus difficile à maîtriser. Pourtant, avec un peu de pratique, cette difficulté s’estompe. Ensuite, le talon à rang raccourci s’intègre très aisément aux chaussettes tricotées des orteils vers la cheville, ce qui l’a rendu très populaire à mesure que cette construction gagnait du terrain.
Mais la raison la plus frappante est ailleurs. Beaucoup apprécient les talons courts pour leur ressemblance avec les modèles industriels, ceux vendus en boutique. Or, cette forme typique s’explique par une contrainte technique : à l’origine, les machines à tricoter ne savaient produire que ça. Et pourtant, ce fameux talon court n’offre pas toujours le meilleur confort, comme je l’ai déjà évoqué précédemment.
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Pourquoi choisir la construction à rabat et à soufflet ?
Adopter cette méthode, c’est offrir à son pied une chaussette qui épouse réellement ses contours. Le talon et le dessus du pied bénéficient d’un espace élargi, ce que réclament de nombreux pieds adultes.


Trois points d’ajustement déterminent la tenue de la chaussette.
Un pied bien enveloppé par un talon à rabat et à soufflet ne bouge plus. Cette construction s’articule en trois grandes étapes.
Étape 1 : réaliser le rabat
Quand la tige est terminée, on tricote une bande de tissu, en allers-retours, sur la moitié des mailles. Cette partie formera l’arrière du talon. On veille à obtenir à peu près autant de rangs que de mailles.

Rangs endroit : Glisser 1 maille à l’endroit avec le fil derrière, puis tricoter jusqu’au bout.
Rangs envers : Glisser 1 maille à l’endroit avec le fil devant, puis tricoter à l’envers jusqu’à la fin.
On termine sur un rang envers.

Le rabat est prêt, des marqueurs indiquent où intervient la prochaine phase. (Pour renforcer ce talon, il existe des variantes en point glissé : un sujet à venir.)
Étape 2 : le virage du talon
Le virage concerne les mailles du rabat et se situe sous le pied. Plusieurs styles existent pour cette étape.


« Demi-mouchoir », ainsi nommé pour sa forme triangulaire rappelant un mouchoir plié.

La version ronde. Le nom parle de lui-même.
Le talon carré reste mon favori : facile à réaliser, adaptable à tous les nombres de mailles et confortable. Voici les instructions pour cette variante.

Vue du dessous : le talon carré épouse le pied. Les diminutions façonnent ce virage, sans recourir à l’enveloppement et au tournage d’une seule maille. Pour de nombreux tricoteurs, l’absence de cette manipulation suffit à les convaincre.
Organiser le virage : mode d’emploi
Commencez par répartir les mailles du talon aussi également que possible en trois. Si le total se divise par trois, parfait. Sinon, deux tiers seront identiques et le dernier comportera une maille en plus ou en moins. Par exemple : 27 donne 9/9/9, 28 donne 9/10/9, 29 donne 10/9/10.
Placez des marqueurs pour séparer ces sections. En cas de nombre impair, la part du milieu prend l’excédent.

1ère rangée du virage (endroit) : Les marqueurs sont là pour guider. Glissez 1 maille à l’endroit avec le fil derrière, tricotez jusqu’au 2e marqueur, glissez le marqueur, faites un surjet double (ssk), tournez.
Il reste des mailles à la fin de ce rang : laissez-les de côté pour l’instant. Tourner signifie simplement retourner l’ouvrage, vous les reprendrez ensuite.
2e rangée du virage (envers) : Glissez 1 maille à l’endroit avec le fil devant, tricotez jusqu’au 1er marqueur, glissez le marqueur, faites une diminution envers (p2tog), tournez.
Après ces premiers rangs, il subsiste de part et d’autre des mailles isolées, séparées par un petit espace.

Les deux premières rangées sont bouclées. Les diminutions se situent juste après les marqueurs, les espaces signalent l’endroit où poursuivre.
Poursuivez avec :
- 3e rangée du virage (endroit) : Glissez 1 maille à l’endroit avec le fil derrière, tricotez jusqu’au 2e marqueur, glissez le marqueur, ssk, tournez.
- 4e rangée du virage (envers) : Glissez 1 maille à l’endroit avec le fil devant, tricotez jusqu’au 1er marqueur, glissez le marqueur, p2tog, tournez.
Continuez à alterner ces deux rangs. À chaque fois, la diminution se place au même endroit, juste avant l’espace, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une maille de chaque côté du marqueur. Astuce : après une diminution sur l’envers, vérifiez que les deux côtés comportent le même nombre de mailles après l’espace.

Le virage est terminé. Pas si compliqué, non ?
Étape 3 : réunir les parties en tricot circulaire
Après le virage, la chaussette se divise en deux zones : talon d’un côté, dessus du pied de l’autre, et deux grands espaces sur les flancs.

Pour souder le tout et reprendre un tricot en rond, il faut relever des mailles de chaque côté, entre le virage du talon et le dessus du pied. Cette technique crée plus de mailles et donc plus de volume pour épouser la partie la plus large du pied.

Les mailles relevées forment le gousset. On continue ensuite en réduisant progressivement ce nombre pour affiner la chaussette jusqu’aux orteils, s’adaptant ainsi à la morphologie du pied. Le terme « gousset » vient de la couture : il désigne un insert triangulaire ajouté pour gagner en aisance. Ici, ce sont les diminutions qui dessinent ce triangle.

Diminuer le gousset : comment faire ?
Le montage du pied se déroule ainsi :
- Tricotez sur les mailles du talon, puis relevez et tricotez le long du premier bord du rabat, en prenant pour repère les mailles glissées.
- Combien de mailles relever ? Généralement, une par maille glissée, parfois une ou deux de plus pour éviter un trou.
- Petit conseil : évitez de piquer dans le « coin », poursuivez plutôt en ligne droite, en montant légèrement dans la tige. C’est bien plus net, sans trou visible.
- Poursuivez sur les mailles du dessus du pied, selon le motif choisi (un jersey uni, ou autre motif décoratif).
- Relevez le même nombre de mailles de l’autre côté du rabat, ou aussi proche que possible, puis tricotez jusqu’au milieu des mailles du talon. Ce point marque le début du nouveau tour.
Pour visualiser la technique de relevage des mailles, il existe des ressources dédiées.
À ce stade, vous avez plus de mailles qu’au départ, c’est normal : ce supplément crée l’aisance nécessaire devant le talon.
Il peut être utile d’organiser vos aiguilles de façon à isoler les mailles du dessus du pied sur l’une d’elles. Si vous travaillez avec la technique du magic loop, deux circulaires ou des aiguilles flexibles, mettez les mailles de la semelle sur une aiguille et placez un marqueur au centre pour repérer le début du tour. Avec des aiguilles doubles pointes classiques, le début du tour se trouve au début de la première aiguille ; placez les mailles du dessus sur la seconde, et le reste sur la troisième. Ce système aide à se repérer facilement.
Réalisez un tour pour arranger les mailles relevées :
Tricotez toutes les mailles du talon, puis tricotez à l’arrière de la boucle (ktbl) toutes les mailles relevées jusqu’au dessus du pied ; tricotez normalement sur le dessus du pied ; puis tricotez à l’arrière de la boucle toutes les autres mailles relevées, et terminez le tour sur les mailles du talon.
Premier tour de diminution du gousset : Tricotez jusqu’à trois mailles avant le dessus du pied, faites une diminution (k2tog), tricotez une maille, travaillez le dessus du pied selon le motif, tricotez une maille, puis faites une diminution inclinée à gauche (ssk), terminez le tour.
Deuxième tour : Tricotez jusqu’au dessus du pied ; travaillez le dessus selon le motif ; terminez le tour.
Alternez ces deux tours jusqu’à retrouver le nombre de mailles initial. Ensuite, poursuivez la chaussette selon les indications du modèle.
Un talon à adapter à volonté
Cette méthode fonctionne pour n’importe quel modèle de chaussette tricoté de la cheville vers la pointe, sans adaptation particulière. Lancez-vous !
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